À propos du vrai et du faux

Je n’ai pas été le seul à remarquer que les données sur l’épidémie sont fournies de façon générale et sans aucun critère scientifique. Du point de vue épistémologique, il est évident par exemple que donner un nombre de décès sans le mettre en relation avec la mortalité annuelle dans la même période et sans spécifier la cause effective du décès n’a aucune signification. Et c’est pourtant ce qui continue à se faire chaque jour sans que personne ne semble s’en apercevoir. Cela est d’autant plus surprenant que les données qui permettent de vérifier sont à la disposition de tous ceux qui auraient envie d’y accéder ; j’ai déjà cité dans cette rubrique le rapport du président de l’ISTAT Gian Carlo Blangiardo, où le nombre de décès par Covid-19 s’avère inférieur à celui des décès dus aux maladies respiratoires dans les deux années précédentes. C’est comme si cette relation pourtant sans équivoque, n’existait pas, tout comme on ne tient aucun compte du fait, parfaitement mis en lumière, qu’on comptabilise parmi les décès dus au Covid-19 les décès par infarctus ou toute autre cause chez les patients testés positifs. Pourquoi, même quand la fausseté est prouvée, continue-t-on à y ajouter foi ? On dirait que le mensonge est tenu pour vrai précisément parce que, comme la publicité, il ne se donne pas la peine de cacher sa fausseté. Comme cela s’était produit pour la première guerre mondiale, la guerre contre le virus ne peut se donner que de faux motifs.

L’humanité entre dans une phase de son histoire où la vérité se trouve réduite à un moment dans le mouvement du faux. Vrai est le discours faux qui doit être tenu pour vrai même quand sa non-vérité est démontrée. Mais de cette façon c’est le langage même comme lieu de la manifestation de la vérité que l’on confisque aux êtres humains. Ceux-ci, alors, ne peuvent plus qu’observer sans rien dire le mouvement – vrai car réel – du mensonge. De ce fait, pour arrêter ce mouvement il faut que chacun ait le courage de chercher sans compromis le bien le plus précieux : une parole vraie.

28 avril 2020

[Traduzione di Annie Gamet de Sul vero e sul falso in Quodlibet. Una voce. Rubrica di Giorgio Agamben]

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