Bestiaire de Sirgole

di Gianluca Virgilio

Le terrain de Sirgole fut bonifié aussitôt après la seconde guerre mondiale. Une équipe de carriers en a extrait des plaques entières de calcaire, en échange de quoi les trainièri ont apporté de nombreux chargements de terre fertile. Sur le terrain autrefois imperméable, donc paludéen à cause du calcaire, on trouve encore ça et là quelques pierres résiduelles. J’en ai moi-même retrouvé. Je les ai mises dans l’eau pour les nettoyer de la terre qui s’y était fixée, et je les ai observées attentivement : le calcaire, naturellement, est plein d’incrustations, grandes et petites, coques de mollusques marins, coquilles et autres sédiments et concrétions. Cela prouve qu’autrefois la mer était là. En fermant les yeux, j’entends le vent passer entre les feuilles des arbres ; comme s’il s’emparait d’un paysage marin, son souffle formant la vague qui s’élève de la surface d’écume et retombe sur elle-même. Mais ce n’est qu’une hallucination auditive, car depuis des millions d’années il n’y a plus la mer, des deux côtés de la péninsule elle a reculé d’une vingtaine de kilomètres. Il suffit de rouvrir les yeux et l’illusion s’évanouit. Je regarde autour de moi, et voilà qu’une faune terrestre remplace la faune marine, une faune résiduelle, à demi-cachée sous terre ou entre les arbres, entre les buissons, les ronces et les roseaux du canal, sûrement attentive à échapper au règne de l’homme ou tout au plus à vivre à sa marge. En voici un inventaire partiel.

La chouette. Ce soir elle s’est posée sur la plus haute branche du mûrier. Sa silhouette, convenable et immobile, se détache sur un ciel des plus lumineux, reste d’un coucher de soleil printanier. Elle est intriguée par la lampe que j’ai allumée dans la pièce et qui projette un rayon de lumière sur le mûrier.

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