di Gianluca Virgilio

Journal d’un professeur. Dans le hall de mon lycée, il y a un canapé, donné par une aimable collègue qui voulait libérer de la place chez elle pour le nouveau. Le matin, j’arrive dix minutes avant la sonnerie et je m’y assois. Tout est encore silencieux. Il semble que l’école peine à s’éveiller après la solitude de la nuit. Je consulte l’emploi du temps de ma journée enregistré dans mon téléphone, je pense aux classes que je devrai rejoindre aux diverses heures de la matinée, à ce que je dirai à mes élèves. Je réponds à quelques messages et je mets mon téléphone en mode silencieux.
Arriver en avance est une de mes vieilles habitudes, qui me renvoie au temps du lycée, quand je me mettais sur le muret devant l’entrée et que je voyais mes camarades arriver un par un jusqu’à ce que la rue soit remplie d’élèves. Dans ces dix minutes, certains recopiaient les traductions de latin et de grec à toute allure, d’autres les exercices de mathématiques, le reste se contentait de bavarder avec les copains. Puis nous rentrions tous, nos livres maintenus par une lanière bien serrés sous le bras, à moins qu’auparavant nous nous soyons entendus sur quelque bonne raison de faire grève. C’étaient les années soixante-dix.
Je m’assois dans le canapé et j’assiste à l’avènement d’une nouvelle journée scolaire. Les agents d’entretien mettent la dernière main au nettoyage de l’entrée, remuant seaux et serpillières, l’un d’eux passe le chiffon sur les vitres, un autre répond au téléphone et note sur une feuille le nom des absents. Les collègues arrivent au compte gouttes, ils passent par la loge des concierges pour émarger, ils échangent quelques mots, puis ils vont dans leur classe allumer l’ordinateur.
À la première sonnerie, de nombreux groupes d’élèves se rassemblent devant les portes du hall, ils y pénètrent en masse, pour ainsi dire en ordre de marche sous la lourde charge de leur sac à dos ; cinq minutes après, deuxième sonnerie : les retardataires, un par un, pressent le pas pour éviter le retard qui compromettrait leur note de conduite. Certains se dirigent dans ma direction : si ce sont mes élèves, ils me saluent, sinon, chaussés de leurs baskets, toutes les mêmes, ils filent vers leur salle.
Il est temps de quitter le canapé. Je passe par la salle des professeurs, prends le livre et vais en classe faire l’appel.




































































