La seconde Guerre Mondiale 1939-1945. Souvenirs personnels de cette époque (première partie)

 

di Georges Magnier

Georges Magnier, 1913-2002, fut instituteur puis directeur d’école dans le Vimeu, région située au Sud de la baie de la Somme. Il prit des responsabilités au Syndicat National des Instituteurs en tant que Secrétaire Général du département de la Somme puis à la Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale d’Amiens dont il fut le Président durant de nombreuses années.

En 1996, il rédige pour sa famille ce document d’une cinquantaine de pages dactylographiées qui couvre la période de 1939 à 1945. Il y retrace la vie qu’il a lui-même vécue dans la région à partir de la mobilisation et en Autriche comme prisonnier. Il évoque également le sort d’amis et parents, ainsi que celui de son épouse, enceinte au début de la guerre et qui a connu l’Évacuation.

Ce témoignage, qui par de nombreux aspects déborde largement le cadre familial, a fait l’objet d’une publication dans le numéro 6 de la revue En Somme, avril 2016.

Pour en faciliter la lecture sur le site iuncturae.eu, nous proposerons un découpage du texte intégral en quatre parties :

– 1 : La Mobilisation de 1938, La Guerre de 1939-1945

– 2 : La Capture

– 3 : La Période de l’Occupation, La Résistance

– 4 : Le Départ pour l’Indre, Le Retour

Note préliminaire

Ces souvenirs, écrits au courant de la plume, ne prétendent d’aucune manière à constituer un récit historique des événements de cette époque. Ils sont pris au hasard dans une foule de faits quotidiens, tant dans la partie relative à la guerre et à la captivité, que dans celle évoquant l’occupation. Il peut arriver que le récit, toujours limité à des faits ou situations rigoureusement exacts, s’accompagne d’une réflexion ou d’un jugement sur tel ou tel des acteurs, ou sur l’attitude d’individus ou de groupes. Ces réflexions ou ce jugement me sont personnels et ne sauraient être généralisés.

G.M.

La Mobilisation de 1938

L’avènement d’Hitler en 1933 n’avait pas manqué d’inquiéter l’opinion en France, où restait vivace le souvenir de la guerre 14-18, et cette inquiétude était allée croissant avec les annexions de territoires par l’Allemagne aux dépens de la Tchécoslovaquie, au prétexte que les populations des Sudètes étaient allemandes, puis la réalisation de l’Anschluss, alliance étroite avec l’Autriche, sanctionnée par un vote des Autrichiens …

En septembre 1938, en présence de la menace qui se précisait de plus en plus, la France procédait à une mobilisation partielle, qui devait témoigner de la résolution des Alliés – Angleterre, Belgique, France – de s’opposer à cet expansionnisme allemand. Une conférence se tenait à Munich réunissant le premier ministre anglais Chamberlain, le Président du Conseil français Daladier face aux dirigeants allemands dirigés par le Chancelier Hitler. La situation était extrêmement tendue : J’étais mobilisé au 8ème Régiment de zouaves à Mourmelon, régiment d’infanterie motorisé. Nous fûmes transportés en Moselle, où nous prîmes position. Je garde le souvenir de ce déplacement en camions militaires : sur la route de Verdun à Etain, entre autres, la population massée le long de cette voie nous jetait des fleurs, donnait des cigarettes et nous acclamait. Cela, qui indiquait bien que ces gens nous voyaient comme partant vers de prochains combats, nous donnait plutôt l’impression d’assister à notre propre enterrement. Il y avait en France bien des « va-t-en-guerre », et un général qui se voyait enfonçant la « ligne Siegfried » (l’équivalent de la ligne Maginot) avait affirmé : « Cela coûtera 250 000 hommes, mais on passera ! ». Pour nous, qui devions, dans cette hypothèse, être promis au massacre, cette perspective ne soulevait pas l’enthousiasme !

Mon bataillon fut cantonné à Batilly, le second le fut au village voisin de Sainte-Marie-aux-Chênes. Entre les deux passe la ligne de la frontière allemande tracée après la guerre de 1870, à l’annexion de l’Alsace-Lorraine, et annulée vingt ans plus tôt, après la victoire de 1918. Si nous étions les bienvenus à Batilly, il n’en fut pas de même à Sainte-Marie-aux-Chênes où les habitants déclaraient sans ambages : « Nous aimerions voir arriver les Allemands, plutôt que les Français ! ».

Nous suivions à la radio la négociation de Munich et nous accueillîmes sans joie, mais avec un réel soulagement l’annonce des accords qui entérinaient les conquêtes hitlériennes, mais évitaient la guerre – tout au moins dans l’immédiat.

 

La Guerre de 1939-1945

On sait que les accords de Munich ne devaient tenir qu’une année, pendant laquelle la menace de la guerre restait constante, allant s’amplifiant avec le pacte germano-soviétique du 26 août 1939, suivi après quelques jours de l’invasion de la Pologne qui entraînait aussitôt la déclaration de guerre à l’Allemagne par la France et l’Angleterre.

Le premier septembre 1939, je fus, comme l’année précédente, mobilisé au 8ème Régiment de zouaves. Au camp de Mourmelon, au lieu de partir vers l’est, la réserve dont je faisais maintenant partie (on restait trois ans dans la « disponibilité », puis on était classé dans la « première réserve » à cette époque) fut dirigée vers les Ardennes, ma compagnie fut cantonnée à La Taillette, près de Rocroy, sur la frontière belge, où quelques fortins – en principe prolongement de la ligne Maginot – étaient en cours de construction, et non armés encore.

Nous étions quatre sergents installés dans l’écurie d’une ferme. Après une ou deux semaines, le froid et l’humidité amenèrent M. Aubert, le fermier, à rentrer le cheval, et comme nous avions montré que nous étions de bonne éducation, on nous logea dans une chambre de la maison. Nous n’étions astreints à aucune activité d’ordre militaire. Entre les repas pris en commun dans un hangar voisin, nous faisions d’interminables parties de cartes ou de boules, nos sorties étant limitées au village, parfois à Rocroy ; le soir, nous allions quelquefois faire notre partie au village belge voisin, la frontière étant toute théorique.

La radio nous confirmait qu’il en était de même, ou à peu près, sur tout le « front », exception faite de quelques coups de main des compagnies constituées en « corps francs » vers la frontière allemande, pour sonder les réactions de l’adversaire, parfois ramener un ou deux prisonniers et tenter d’obtenir d’eux quelques indications sur les intentions de l’armée allemande… Cette situation qu’on appelait « la drôle de guerre » devait se prolonger jusqu’au printemps 1940.

J’étais à cette époque atteint d’une hernie qui ne me gênait guère, mais qui justifia mon évacuation en vue d’opération ; en octobre, après un bref passage à Laon, j’arrivai à Villiers-sur-Marne, près de Château-Thierry, où un sanatorium de 800 lits avait été transformé en hôpital militaire. Pas de blessés de guerre, mais des accidentés ou malades étaient soignés là. Le commandant était précédemment médecin-chef du sana, le corps médical comprenait des médecins mobilisés sur place et d’autres venus de Paris ou de diverses villes de la deuxième Région militaire. Les infirmiers – hormis quelques infirmières appartenant au personnel du sana – étaient de braves paysans de la deuxième réserve, classés dans la deuxième section d’infirmiers militaires, mais n’ayant aucune compétence administrative ni médicale. On prit donc des scribes parmi les malades valides, et je ne tardai pas à devenir l’indispensable secrétaire du lieutenant d’administration (jeune instituteur de l’Aisne), puis du commandant pour l’établissement des listes de malades à présenter à la commission de réforme siégeant alternativement à Soissons et à Laon, et où j’accompagnais le groupe transporté par un car militaire.

Pour me conserver, on différa mon opération et on m’admit à suivre les cours organisés pour préparer le brevet d’infirmier que j’obtins facilement, et qui, inscrit sur mon livret militaire avec les cachets officiels, devait m’être précieux par la suite.

Mon séjour à l’hôpital prend fin le 15 janvier 1940, les personnels de ma classe d’âge devant impérativement rejoindre la zone des armées. J’ai été opéré le 02 janvier 1940 et j’ai bénéficié, du 15 au 30, d’une permission de convalescence, avant de rejoindre à Reims le Dépôt d’Infanterie n°64.

La vie au dépôt s’apparente à celle de la caserne en temps de paix – moins les marches et exercices en dehors des locaux militaires ; les tours de garde, de semaine et autres ne comblent pas la longueur des journées, non plus que les parties de cartes. Les opérations militaires proprement dites sont toujours aussi peu importantes : conséquence inattendue, il est plus facile d’obtenir une permission… J’obtins – et je ne fus pas le seul – une « permission agricole » d’un mois ! Je passe ainsi le mois d’avril en famille, faisant de courtes et rares apparitions en plaine (épandage à la fourche du fumier dans les champs, seul travail à ma portée qui justifie ma présence à l’arrière). Le règlement militaire est ainsi fait que cela n’entame pas mon droit aux permissions normales, et je serai donc présent lors de la naissance de Josseline le 26 avril, avec, à l’issue de la permission en question, une autre de dix jours que suivra celle de trois jours attribués à l’occasion d’une naissance.

Le 10 mai, à l’aube, les bruits des avions nombreux dans le ciel et d’explosions de bombes assez éloignées nous alertent. La radio nous apprend l’invasion de la Hollande et de la Belgique par l’armée allemande et le bombardement de plusieurs villes françaises, dont Amiens et Abbeville.

L’invasion brutale et imprévue jette sur les routes une foule de gens fuyant par tous les moyens – et le plus souvent à pied, à bicyclette, en voiture hippomobile. Des informations – rares –, et surtout des bruits non contrôlables circulent : présence de la « cinquième colonne », c’est-à-dire d’espions parmi le flot des réfugiés, atrocités des bombardements, mitraillage des cohortes de réfugiés par l’aviation allemande, etc. Ces bruits contribuent à semer la panique… Ils sont malheureusement fondés et, pour nombre d’entre eux, les réfugiés en seront victimes…

Les permissionnaires sont rappelés vers leur corps ou leur dépôt. A la gendarmerie de Friville, on me dit que je ne suis pas concerné, en raison du caractère exceptionnel de la permission accordée à la suite d’une naissance. Je reste donc sur place.

C’est le 19 mai que je reprends mon uniforme et que nous partons, ma femme, un voisin M. Pion et moi, à bord de notre voiture, vers Abbeville. Dès la « Maison Blanche », le spectacle était hallucinant : le flot ininterrompu des réfugiés venant en sens inverse tenait toute la largeur de la route. On voyait des gens de tout âge, des enfants aux vieillards, Français et Belges poussant des voitures d’enfant, des charrettes faites souvent de bric et de broc, sur lesquelles ils avaient entassé quelques hardes, une couverture pour les nuits dont ils ignoraient où ils les passeraient… Les Belges avaient souvent des couvertures rouges et il se murmurait parfois qu’elles attiraient l’attention des aviateurs ennemis… Est-ce grâce à la présence d’un militaire en uniforme qui se dirigeait vers le danger ? Nous réussîmes tant bien que mal à nous frayer un passage et à gagner la gare d’Abbeville, où nous nous séparâmes, chacun se demandant comment se ferait le retour de l’autre…

Il n’était plus question de trouver un train allant vers Amiens dont on m’apprit qu’elle avait été bombardée et incendiée le jour même. Je quittai Abbeville par le dernier train qui prit la direction d’Eu-Le Tréport, vers 17 heures. Il avançait à vue et on l’aurait suivi à pied. Le 20 au matin, à la gare de Feuquières, je rencontrai la garde-barrière, une dame aux cheveux blancs, qui me reconnut, car nous passions souvent par là. A Woincourt, le tortillard qui desservait Ault et passait donc à la gare de Béthencourt où étaient ma soeur, ses deux enfants Nicole et Françoise et ma femme avec Josseline, ce tortillard donc roulait encore, et je remis à Crépin, le chauffeur, que je connaissais bien, un message indiquant mon passage, mais non la destination de notre convoi qui nous était inconnue.

Il aurait été facile d’aller rejoindre la famille et d’attendre la suite des événements, mais l’idée d’une désertion ne m’effleura même pas…Notre convoi reprit son errance et arriva près de la ville d’Eu. Dans un pré quelques vaches gisaient sur l’herbe, et nous nous en approchâmes, un de mes compagnons était ingénieur agronome, et cela l’intéressait. Nous avions tout le temps de satisfaire cette curiosité : le jeu des signaux des voies qui partent de Eu se faisait manuellement, et les agents du train qui nous emmenait devaient à chaque station recevoir les indications sur les directions possibles, en fonction de liaisons aléatoires et d’une situation qui changeait d’heure en heure. Les malheureuses vaches étaient mortes, tuées par balles évidemment par un aviateur qui avait choisi ce but, soit pour se faire la main, soit à défaut d’autre objectif à ce moment… Nous devions, dans la même journée, un peu au nord de Rouen trouver d’autres victimes, cette fois après qu’un train ait été immobilisé dans la campagne par un mitraillage aérien suivi de bombardement puisque des wagons étaient éventrés. Des chaussures, des lambeaux de vêtements accrochés aux arbres le long de la voie nous confirment, hélas, que la population civile est exposée aux mêmes dangers que les militaires, sans avoir ni la protection, ni les moyens de se défendre.

Notre périple durera trois jours, le train s’arrêtant près d’une localité pour nous permettre d’aller acheter les vivres nécessaires, car bien évidemment nous ne disposons d’aucun service à bord. Après trois jours d’incertitude, mais heureusement sans attaque ni accident, nous arrivons à Rennes.

L’organisation militaire à Rennes avait de quoi surprendre : alors que la radio diffusait les nouvelles les plus alarmistes sur l’invasion allemande, que l’exode dramatique des populations amenait un flot ininterrompu de réfugiés dans la ville, les territoriaux tenant garnison à la caserne du Colombier semblaient n’en tenir aucun compte… Nous étions sept sous-officiers arrivés et qui, tout naturellement, étaient venus rejoindre ce quartier général. A l’heure du repas du soir, nous eûmes la surprise de nous voir refuser l’accès au « mess » par nos homologues, bien installés dans leur train-train habituel, que nous venions troubler, et qui entendaient nous envoyer avec les hommes de troupe. Bien que cela ait été la situation en cours d’opérations dans la « zone des armées », c’était ici, en « zone de l’intérieur », et au vu des habitudes de nos hôtes, inacceptable pour nous. Un officier à qui nous réclamions d’être traités à égalité avec les gradés rennais, et qui, visiblement, n’osait pas imposer le respect de la règle à ses subordonnés, se retrancha derrière les « difficultés matérielles », et nous autorisa, face à notre résolution de refuser de rejoindre le réfectoire de la troupe, à sortir pour aller manger en ville, et il vint lui-même nous ouvrir une porte dérobée pour sortir de la caserne…

Le lendemain matin, nous devions être reçus par le commandant d’armes de la place de Rennes. Nous vîmes arriver une antique calèche, tirée par deux chevaux, d’où descendit avec quelque peine un vieillard aux cheveux blancs, en uniforme bleu horizon, à quatre galons, manifestement quelque hobereau breton tiré de la naphtaline où il devait être conservé depuis le siècle dernier. Nous le saluâmes avec le respect dû à son grade, et, dans son bureau, nous lui dîmes notre volonté de rejoindre nos dépôts respectifs : il avait heureusement un annuaire lui indiquant les lieux de repli de ces dépôts. Le D.I. 64, le mien, devait être à Domfront (Orne). Le premier d’entre nous devait, je m’en souviens, rejoindre Mayenne, à une centaine de kilomètres. Comme il s’inquiétait des transports existant encore, notre dinosaure-commandant répondit d’une voix chevrotante : « Mais je ne sais pas si Mayenne est encore en France ! » Nous décidâmes après cet entretien de rejoindre par nos propres moyens les villes indiquées et nous nous rendîmes à la gare pour connaître les possibilités et les horaires probables, car, sans atteindre la désorganisation du réseau Nord, à cette date, les trains se faisaient rares. Je réussis cependant à quitter Rennes et à gagner Domfront.

Les forces militaires de cette grosse bourgade se limitaient à une section de territoriaux installés dans la petite caserne. Le dépôt 64 n’était pas arrivé, j’en étais le premier représentant ! Les cadres locaux – un sergent-chef nommé Riblier, et un caporal-chef – étaient des instituteurs mobilisés, qui m’accueillirent fraternellement, et la section me prit « en subsistance », m’assurant le gîte et le couvert. Nous étions alors le 24 ou le 25 mai. Environ une semaine plus tard, le convoi du D.I. 64 arriva. Les hommes de troupe furent cantonnés dans les fermes et les dépendances de celles-ci, les quelques officiers dans les hôtels. La compagnie à laquelle j’étais affecté logeait à Saint-Front, faubourg de Domfront ; son bureau était installé dans une remise sur la place, les repas, préparés à la cuisine roulante, étaient pris dans une salle des fêtes assez vaste, sur cette même place. J’étais logé tout près, dans une famille qui nous avait accueillis très cordialement, avec mon ami André Rémy, instituteur de la Somme (Fontaine-le-Sec près d’Oisemont) originaire du Ponthieu, où son père également instituteur avait accompli toute sa carrière. Nous étions affectés au bureau, avec un troisième instituteur, Albert, un Lorrain, et un Sarthois comme planton, que le hasard avait amené à trente kilomètres de chez lui. Le capitaine appartenait lui aussi au cadre de réserve. Les occupations se réduisaient à fort peu de chose, et le temps ne nous manquait pas pour aller sur la route nationale traversant la ville du nord au sud, avec son flot de réfugiés où les rares autos ne gagnaient guère de temps sur les chariots et voitures hippomobiles. Nous n’y apercevions, pour l’heure, pas de personnes connues. Une exception toutefois, le ménage Dehenne, Madame infirmière et Monsieur ingénieur électricien chargé du gros transformateur de Beauchamps. Celui-ci, assez téméraire et un peu rassuré par l’absence d’aviation ennemie, et les émissions radio signalant les combats sur la Somme, parlait d’essayer d’aller voir ce qui se passait chez nous. Ils étaient en auto. Heureusement la difficulté de rouler à contre-courant du flot des réfugiés et la probable pénurie de carburant mirent frein à cette tentative qui pouvait être suicidaire.

Il faut ici noter un phénomène absolument imprévisible dans la situation où se trouvait le pays : le courrier continuait de circuler ! S’il me paraissait à peu près vain d’espérer qu’elles parviennent, je donnais des nouvelles à la famille. De son côté, ma femme m’écrivait à l’habituelle adresse du D.I. 64 à Reims. Vers le 12 juin je reçus une lettre postée de Bagnoles-de-l’Orne, m’apprenant que la famille, partie en auto, se trouvait dans cette localité, tranquille pour le moment… Aussitôt je poste une lettre à l’adresse indiquée pour leur dire que je suis là, à moins de 40 km et que je les attends. Trois jours plus tard, la « traction avant » s’arrête sur la place : Odile est là, avec Josseline, ma soeur Yvette, avec Nicole et Françoise, mes soeurs Micheline et Lucette…Nous les réconfortons par un bon repas et nous trouvons facilement à les loger, autant qu’il m’en souvienne. Elles nous font le récit de leur odyssée : les Allemands que l’on prenait pour des Hollandais, faisaient des incursions au sud de la Somme… Beaucoup de gens partaient, cédant à la panique générale et ignorant que le danger était plus grand sur les routes – en témoigne le nombre des victimes de l’aviation qui sera connu plus tard – que dans les villages occupés sans combat…

L’avance allemande se poursuivant, notre compagnie mit la localité en défense : remparts de troncs d’arbres aux entrées des routes, distribution des armes et munitions… La possibilité d’un combat nous conduit à décider le départ de la famille. L’aviation allemande se montre. Le 17, nous nous séparons. J’ai donné une adresse d’accueil chez un collègue de Château-Gontier, puis dit : ensuite, passez la Loire, mais si la guerre continue, arrêtez, car alors ce sera la France entière qui se trouvera envahie. (en fait, elles s’arrêteront à Magné, près de Niort.)

Pendant ce temps, notre compagnie a pris son dispositif dit « de marche » et nous quittons Domfront par la N. 806. Au cours de la marche, il apparaît que le commandement est faible, en particulier le capitaine X perd son sang froid, et va jusqu’à menacer de son arme un soldat un peu énervé… Aussitôt, plusieurs camarades de celui-ci braquent leur fusil sur l’officier… Nous avons quelque peine à ramener les uns et les autres à la raison. Le soir nous atteignons Le Teilleul, où Rémy et moi avons la chance de trouver un lit.

(a cura di Annie et Walter Gamet)

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4 risposte a La seconde Guerre Mondiale 1939-1945. Souvenirs personnels de cette époque (première partie)

  1. Chivot Michel scrive:

    J’ai eu ce MONSIEUR, en Qualité de Directeur d’Ecole, à Béthencourt sur Mer, très Intelligent, trés Didactique, et aussi, UN COLOSSE !! à la main Dure !!!
    Merci Monsieur Magnier !!!

    Tuvé este Señor, como Director de Escuela en Bethencourt Sur Mer, Muy Inteligente, Muy Didactico, y, Tambien un COLOSO, con la Mano “DURA ” !!!
    Gracias a Usted Señor !!!!

    • A. Gamet scrive:

      Bonsoir, sans vous connaître personnellement bien que votre nom de famille me soit familier, je suis agréablement surprise que vous ayez pu (je me demande par quel hasard…) prendre connaissance des souvenirs de guerre écrits par mon père et mis en ligne avec mon accord par mon ami G. Virgilio.
      Je suis surtout très touchée de voir qu’après tant d’années vous témoignez encore votre reconnaissance à votre ancien maître pour ce qu’il vous a apporté, même si ce fut parfois avec une “main dure” !! Autre époque n’est-ce pas !!
      Bien cordialement. Annie Gamet (née Magnier)

  2. Alain OBEE scrive:

    Bonjour Madame
    J’ai pris connaissance des souvenirs de guerre de votre père.
    Pourriez-vous m’indiquer où votre père enseignait en 1942/1944 afin de déterminer la chute de 3 avions (dont je fais des recherches dans le Vimeu) ?
    D’avance merci.
    Alain Obée Embreville

    • A. Gamet scrive:

      Bonjour Monsieur,
      En espérant vous être utile pour vos recherches, voici ce que je puis vous répondre : pendant la guerre, mon père était instituteur à Tilloy, hameau de la commune de Pendé. La maison de deux chambres évoquée dans la partie “occupation et résistance” où était logé l’officier allemand, c’est le logement de l’école de Tilloy-Pendé. A propos d’avions tombés dans la région, il en mentionne un (le secours dans le bois de Corroy), ma soeur aînée croit se souvenir qu’on parlait aussi d’un avion tombé à Saint-Blimont.
      Si besoin, bien que je n’aie pas beaucoup plus de renseignements que ce qui est écrit dans le texte de mon père, vous pouvez bien entendu me contacter.
      Bien cordialement. Annie Gamet

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